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Une soirée entière sur un paquet de copies, des remarques dans les marges, une appréciation finale soignée. Le lendemain, beaucoup d'élèves regardent la note, la comparent avec celle du voisin et rangent la copie dans leur sac. La scène est familière, et les travaux sur le feedback s'y intéressent depuis longtemps.
Voici ce que l'on sait des commentaires écrits, avec les limites de ces travaux, et quelques façons de rendre les annotations utiles sans alourdir la correction.
Ce que la recherche dit du feedback
Un chiffre très cité vient de la synthèse de John Hattie et Helen Timperley publiée en 2007 : au moins 12 méta-analyses, 196 études et une taille d'effet moyenne de 0,79, soit le double de l'étalon de 0,40 retenu par Hattie. Ce chiffre a depuis été revu à la baisse. En 2020, une nouvelle méta-analyse de Wisniewski, Zierer et Hattie portant sur 435 études obtient un effet moyen de 0,48, avec de fortes différences entre études.
Pour la pratique, la moyenne compte moins que la dispersion. Dans le tableau de Hattie et Timperley, les retours sous forme d'indices atteignent 1,10, alors que les éloges plafonnent à 0,14. La méta-analyse de Kluger et DeNisi (1996) va plus loin : plus d'un tiers des interventions de feedback étudiées faisaient baisser la performance, et l'efficacité diminuait à mesure que le retour détournait l'attention de la tâche vers la personne. Comme le rappellent Hattie et Timperley, beaucoup de ces études ne se déroulaient pas en classe, mais le mécanisme reste instructif.
Quand la note éclipse le commentaire
Une étude est très souvent citée : celle de Ruth Butler, publiée en 1988. Des élèves israéliens de l'âge du CM2 et de la 6e recevaient soit une note, soit un commentaire individuel, soit les deux. D'après la synthèse de Hattie et Timperley, seuls les commentaires sans note ont produit des progrès : ni la note seule ni la note accompagnée d'un commentaire n'en ont produit. Paul Black et ses collègues (2004) rapportent un constat proche dans des classes anglaises : une enseignante du projet explique que ses élèves passaient très peu de temps à lire ses commentaires quand une note figurait aussi sur le travail.
Il serait pourtant hâtif d'en tirer une règle absolue. Comme le rappelle Thomas Guskey dans une tribune, l'étude portait sur 132 élèves, les notes utilisées classaient les élèves les uns par rapport aux autres, et les mieux classés, qui recevaient de bonnes notes, gardaient un intérêt élevé. À l'inverse, un établissement secondaire gallois étudié par Smith et Gorard (2005), cité dans le guide de l'Education Endowment Foundation (EEF) sur le feedback, a supprimé les notes pendant un an pour l'un de ses quatre groupes de Year 7 (l'équivalent de la 6e) : ce groupe a obtenu de moins bons résultats en anglais, en mathématiques et en gallois, et les entretiens montrent que les élèves comprenaient mal des commentaires restés vagues. Le Cnesco, dans sa conférence de consensus sur l'évaluation en classe, refuse lui aussi de trancher pour ou contre les notes, tout en jugeant qu'une note isolée est la forme de retour la moins bénéfique.
En France, pour le lycée général et technologique, le guide éduscol de l'évaluation prévoit que toute note soit accompagnée d'appréciations explicites, et le vademecum de septembre 2025 les juge tout aussi importantes que les notes. Il reste une marge de manœuvre sur le moment où la note est communiquée et sur la qualité du commentaire.
Écrire un commentaire qui aide à progresser
Hattie et Timperley résument un retour efficace par trois questions : où vais-je ? où en suis-je ? et ensuite ? Le jury de la conférence de consensus du Cnesco formule des recommandations très concrètes : cibler la tâche et les critères de réussite plutôt que l'élève, ne porter aucun jugement de valeur sur la personne (même positif), expliquer l'écart avec ce qui était attendu et la façon de le réduire.
Viser la tâche plutôt que la personne
« Bravo » ou « Travail sérieux » font plaisir, mais n'indiquent rien sur quoi agir. Hattie et Timperley notent même qu'associer un éloge à une information sur la tâche dilue cette information. Un éloge dirigé vers l'effort, la démarche ou l'autorégulation peut en revanche, selon eux, soutenir le sentiment d'efficacité.
Distinguer l'étourderie de l'erreur de compréhension
La revue de l'université d'Oxford et de l'EEF sur la correction écrite (2016) propose une distinction simple. Une étourderie, l'élève sait la corriger : il suffit de la signaler, sans donner la correction. Une erreur de compréhension appelle plutôt un indice ou une question qui renvoie au principe en jeu.
Écrire peu, et lisiblement
Valerie Shute (2008) observe que beaucoup d'élèves ne prêtent pas attention à un retour trop long ou trop complexe ; elle conseille des explications découpées en unités gérables et déconseille les comparaisons entre élèves. Le guide de l'EEF sur le feedback insiste sur des commentaires clairs et concis, et rappelle que l'écriture de l'enseignant doit rester lisible.
Corriger moins de choses, mais mieux
La correction pèse déjà lourd dans la semaine. Selon l'enquête de la DEPP sur le temps de travail des enseignants, les enseignants du second degré à temps plein déclarent en moyenne 41,1 heures de travail hebdomadaire hors vacances, dont 13,1 % consacrés à la correction des copies. Détails dans Combien de temps un professeur passe-t-il vraiment à corriger ? Annoter davantage n'est donc pas une option réaliste pour la plupart des collègues ; annoter autrement, si.
La revue d'Oxford résume une partie de ses conclusions en une formule : corriger moins de travaux, mais mieux. Elle relève que la correction sélective, centrée sur un type d'erreur, aide les élèves à traiter ces erreurs, et qu'aucune preuve solide ne montre que la correction de simple acquittement (la coche qui signale qu'on a lu) aide à progresser. Prudence toutefois : plusieurs résultats viennent du supérieur ou de l'anglais langue étrangère, et les auteurs jugent les preuves de faible qualité.
Les codes de correction peuvent faire gagner du temps. La même revue ne trouve pas de différence d'efficacité entre un retour codé et un retour rédigé, à condition que les élèves comprennent les codes. Le guide de l'EEF précise toutefois ne pas avoir trouvé de preuve spécifique sur l'usage des codes. D'où l'intérêt d'une légende collée dans le cahier et expliquée en classe.
Prévoir le moment où l'élève s'en sert
Aucune étude expérimentale de qualité n'a porté sur ce point, mais les enquêtes recensées par la revue d'Oxford montrent de façon constante que les élèves s'engagent peu avec le feedback ou peinent à l'utiliser, et qu'ils apprécient de pouvoir y répondre. Sans temps réservé en classe, estiment les auteurs, les élèves ont peu de chances de tirer profit de la correction. Le rapport d'Anthony Calone et Dominique Lafontaine pour le Cnesco cite une revue de Nicol et Macfarlane-Dick (2006) qui fait le même constat pour le secondaire : la classe enchaîne souvent sur une nouvelle tâche, et l'élève a rarement l'occasion d'utiliser directement le retour reçu.
Ce rapport rappelle aussi qu'écrire un commentaire ne garantit rien. Dans l'étude des deux auteurs menée auprès de 92 élèves en géographie (2018), l'effet du commentaire détaillé sur la performance passait entièrement par l'utilité que les élèves lui accordaient, et les plus performants en profitaient davantage. Le rapport reprend aussi une proposition : deux évaluations rapprochées, la seconde servant à réinvestir le retour reçu après la première. Le guide de l'EEF cite dans le même esprit Dylan Wiliam, pour qui un retour doit donner plus de travail à celui qui le reçoit qu'à celui qui le donne.
Ce guide de l'EEF propose plusieurs activités de reprise :
- placer des points dans la marge là où se trouvent des erreurs, et laisser l'élève les trouver et les corriger ;
- annoncer combien de réponses sont justes, sans préciser lesquelles ;
- poser trois questions ciblées en fin de copie, auxquelles l'élève répond ;
- distribuer une liste des erreurs fréquentes de la classe pour guider les corrections ;
- donner un problème proche à résoudre, ou demander la réécriture d'un passage.
Numérique, audio, IA : le support compte moins que le contenu
Les fermetures d'écoles liées au Covid-19 ont conduit beaucoup d'enseignants à essayer des retours numériques. L'EEF note qu'un retour oral enregistré, que l'élève peut réécouter, pourrait l'aider à le retenir, mais conclut que la qualité du feedback l'emporte sur sa forme.
Pour les outils d'intelligence artificielle, le cadre d'usage publié par le ministère en juin 2025 autorise l'enseignant à utiliser des IA accessibles au grand public pour s'aider dans l'évaluation et la correction, sous sa responsabilité et en vérifiant ce qui est produit. Il demande de renoncer à ces outils dès que des données personnelles sont en jeu, et exige une supervision humaine pour toute décision s'appuyant sur l'IA qui a un impact significatif sur l'évaluation des apprentissages. Le détail figure dans IA et correction : ce que la loi et l'Éducation nationale autorisent. Un commentaire produit avec l'aide d'un outil se juge sur les mêmes critères qu'un commentaire manuscrit : est-il précis, centré sur la tâche, utilisable par l'élève ?
Pour le prochain paquet de copies
Quelques ajustements à tester sur une classe :
- choisir avant de corriger un ou deux critères sur lesquels porteront les commentaires ;
- écrire pour chaque élève ce qui est réussi, puis une prochaine étape formulée comme une action ;
- signaler les étourderies sans les corriger et réserver les explications aux erreurs de compréhension ;
- garder la note dans son carnet jusqu'au temps de reprise, quand c'est possible ;
- bloquer un moment de la séance suivante pour que chacun travaille à partir des annotations.
Les résultats à attendre restent mesurés. Dans un essai randomisé conduit par l'EEF dans 140 établissements secondaires anglais, un programme de formation des enseignants à l'évaluation formative, mené sur deux ans, a produit l'équivalent de deux mois de progrès supplémentaires au GCSE. Le gain est modeste, mais il a été mesuré en conditions réelles, avec un niveau de preuve jugé très élevé.
À lire aussi
Sources
- The Power of Feedback, Review of Educational Research, 2007-03
- The Power of Feedback Revisited: A Meta-Analysis of Educational Feedback Research, Frontiers in Psychology, 2020-01
- The effects of feedback interventions on performance: A historical review, a meta-analysis, and a preliminary feedback intervention theory, Psychological Bulletin, 1996-03
- Enhancing and Undermining Intrinsic Motivation: The Effects of Task-Involving and Ego-Involving Evaluation on Interest and Performance, British Journal of Educational Psychology (notice ERIC), 1988-02
- Grades Versus Comments: What Does the Research Really Tell Us? (Opinion), Education Week, 2019-06-23
- Working Inside the Black Box: Assessment for Learning in the Classroom, Phi Delta Kappan, 2004-09
- Teacher Feedback to Improve Pupil Learning. Guidance Report, Education Endowment Foundation, 2021
- A marked improvement? A review of the evidence on written marking, Education Endowment Foundation / Université d'Oxford, 2016-04
- Focus on Formative Feedback, Review of Educational Research, 2008-03
- Conférence de consensus. L'évaluation en classe, au service de l'apprentissage des élèves. Dossier de synthèse, Cnesco, 2023-03
- L'impact des différents types de feedbacks en contexte de classe, Cnesco / Université de Liège, 2023-03
- Guide de l'évaluation des apprentissages et des acquis des élèves au lycée général et technologique, Ministère de l'Éducation nationale (éduscol), 2023-11
- VADEMECUM. Projet d'évaluation en lycée général et technologique, Ministère de l'Éducation nationale (éduscol), 2025-09
- Le temps de travail des enseignants. À partir de l'enquête FPE 2022, DEPP, ministère de l'Éducation nationale, 2025-11
- L'IA en éducation. Cadre d'usage, Ministère de l'Éducation nationale (copie académie de Créteil), 2025-06


