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Évaluer par compétences au collège sans s'y perdre

Illustration : fiche de compétences sur papier ligné, avec des pastilles de niveau remplies en orange et en bleu marine

Avec l'entrée en vigueur du socle commun à la rentrée 2016, beaucoup d'équipes de collège se sont mises à évaluer par compétences, avec des grilles, des couleurs et des items parfois très nombreux. Dix ans plus tard, le paysage a bougé : la note sur 20 est devenue obligatoire à chaque période en 3e, le brevet ne compte plus les composantes du socle, et un projet de nouveau socle a été publié sans être entré en vigueur. On peut vite ne plus savoir ce qui est exigé, ce qui est permis et ce qui relève du choix de l'équipe.

Voici les textes applicables à la rentrée 2026, puis une manière de travailler par compétences tenable avec plusieurs classes.

Le cadre légal : toujours le socle de 2015

Le texte de référence reste le décret n° 2015-372 du 31 mars 2015 relatif au socle commun, entré en vigueur à la rentrée 2016. Il organise le socle en cinq domaines : les langages pour penser et communiquer, les méthodes et outils pour apprendre, la formation de la personne et du citoyen, les systèmes naturels et techniques, les représentations du monde et l'activité humaine.

Le code de l'éducation (articles D. 122-1 à D. 122-3 et annexe) précise les règles qui comptent pour l'évaluation :

  • le domaine 1 se divise en quatre composantes (français, langues étrangères et régionales, langages mathématiques, scientifiques et informatiques, langages des arts et du corps), ce qui donne huit éléments évalués au total ;
  • aucune compensation n'est possible entre domaines, ni entre les composantes du domaine 1 ;
  • la maîtrise se situe sur quatre échelons (insuffisante, fragile, satisfaisante, très bonne), et un domaine est considéré comme maîtrisé à partir de l'échelon 3 au cycle 4.

La même annexe définit la compétence comme l'aptitude à mobiliser ses ressources (connaissances, capacités, attitudes) face à une tâche ou une situation complexe ou inédite, et rappelle que compétences et connaissances ne s'opposent pas.

Le Conseil supérieur des programmes a publié le 10 avril 2025 un projet de nouveau socle commun, qui réorganise les contenus autour de connaissances et de compétences disciplinaires plutôt qu'autour de domaines transversaux. Il s'agit d'un projet : au 13 septembre 2026, Légifrance affiche toujours les articles du socle de 2015 dans le code de l'éducation, et aucun texte instituant un nouveau socle n'est entré en vigueur.

Note ou positionnement : ce que chaque niveau impose

C'est le point qui a le plus changé. L'arrêté du 10 avril 2025 sur le livret scolaire modifie les bilans périodiques depuis la rentrée 2025. La page éduscol « Collège : les bilans » (février 2026) résume la situation :

  • en 6e, 5e et 4e, le bilan périodique peut porter une note ou un autre positionnement, par exemple une échelle à quatre niveaux (objectifs non atteints, partiellement atteints, atteints, dépassés) ;
  • en 3e, le bilan périodique porte une note, parce que le contrôle continu du brevet se calcule désormais sur des moyennes chiffrées sur 20 ;
  • un bilan de fin de cycle, avec les quatre niveaux de maîtrise et une appréciation, reste établi en fin de 6e et en fin de 3e.

Le cadre général ne change pas pour autant. Selon l'article D. 331-25 du code de l'éducation, l'évaluation au collège est menée en référence au socle, sert à aider l'élève à progresser et à rendre compte de ses acquis, et les élèves comme leurs parents sont informés de ses objectifs, de ses modalités et de ses résultats.

Depuis 2026, le brevet ne compte plus le socle

Jusqu'à la session 2025, les huit composantes du socle rapportaient jusqu'à 400 points sur 800 (version antérieure de l'arrêté sur le DNB). Depuis la session 2026, l'arrêté relatif aux modalités d'attribution du DNB, dans sa version modifiée, retient une autre formule : 40 % pour la moyenne des moyennes annuelles de tous les enseignements obligatoires de 3e, 60 % pour les épreuves, et une admission à 10/20. La page éduscol sur les modalités du brevet précise que toutes les disciplines ont le même coefficient dans ce calcul.

La note de service du 2 septembre 2025 demande aux professeurs de 3e d'évaluer « en référence au socle commun » en attribuant une note de 0 à 20. Le bilan de fin de cycle 4 reste obligatoire, mais il ne pèse ni sur le brevet ni sur l'affectation : le mémento éduscol de décembre 2025 indique qu'il n'est plus transmis à Affelnet-Lycée.

Évaluer moins de compétences, mais mieux

Une grille de quinze compétences par devoir, multipliée par plusieurs classes, devient vite ingérable et peu lisible pour les élèves. Le jury de la conférence de consensus du Cnesco sur l'évaluation en classe (recommandations non contraignantes, 2023) recommande de sélectionner les compétences évaluées formellement et de définir des critères clairs, écrits et limités en nombre. À propos des documents nationaux de suivi, il souhaite aussi un niveau de détail qui évite « l'atomisation des compétences et des connaissances à évaluer ».

Partir de critères observables

Pour savoir à quoi ressemble une maîtrise satisfaisante, pas besoin de tout réinventer. Éduscol publie des éléments pour apprécier le niveau de maîtrise satisfaisant en fin de cycle 4 (octobre 2016), composante par composante. On y trouve des repères concrets, comme, en français, une prise de parole en continu de cinq à dix minutes au maximum lorsque le propos croise plusieurs types de discours, ou un texte pouvant aller jusqu'à 2000 à 3000 signes dans une langue globalement correcte.

Exemple (construit pour cet article) d'une production écrite en 4e évaluée sur trois critères seulement :

  1. le texte respecte la consigne (type de texte, destinataire, longueur demandée) ;
  2. les idées s'enchaînent avec des connecteurs variés ;
  3. les accords dans le groupe nominal sont majoritairement corrects.

Chaque critère est formulé pour que l'élève puisse le vérifier seul avant de rendre sa copie.

S'appuyer aussi sur le travail ordinaire

La fiche éduscol « Principes d'action pour évaluer les acquis des élèves » recommande de partir de l'observation du travail quotidien. Les évaluations spécifiques la complètent sans la remplacer, et n'interviennent qu'après un temps d'apprentissage suffisant. La distinction entre ce qui sert à apprendre et ce qui sert à certifier est développée dans l'article Évaluation formative ou sommative : comment choisir.

Des compétences à la note : ce qui est permis, ce qui fait débat

En 3e, le mémento éduscol de décembre 2025 est explicite : la nécessité d'une note n'empêche pas d'évaluer les compétences. Deux conditions s'appliquent. Une note sur 20 par discipline est obligatoire en fin de période, et elle doit résulter de plusieurs évaluations variées, converties selon des repères partagés par l'équipe. Des évaluations sans notes peuvent être converties à l'aide de grilles ou d'éditeurs de notes, à condition d'expliquer la démarche aux élèves. Le mémento rappelle aussi que les coefficients relèvent de la liberté pédagogique (certaines évaluations peuvent avoir un coefficient nul ou réduit) et conseille de ne pas noter les devoirs à la maison pour lesquels l'usage de l'IA est difficilement contrôlable.

Le jury de la conférence de consensus du Cnesco défend une position différente : il déconseille de convertir la validation de compétences en note chiffrée et juge la moyenne lisible mais peu adaptée au soutien des apprentissages. Il distingue aussi deux choses souvent confondues : évaluer « sans notes » désigne un outil de restitution, évaluer « par compétences » désigne ce que l'on évalue. On peut donc évaluer par compétences et noter.

Entre ces deux positions, beaucoup d'équipes cherchent un compromis. Quelques pistes, qui relèvent du choix pédagogique et non d'une règle :

  • fixer en équipe une table de conversion unique (par exemple, pour illustrer, un critère atteint rapporte un nombre de points annoncé à l'avance) plutôt que chaque professeur la sienne ;
  • garder visibles, sur la copie, les critères atteints à côté de la note, pour que le chiffre reste interprétable ;
  • éviter de calculer une « moyenne de couleurs » sur l'année : aucun texte ne l'interdit, mais le positionnement de fin de cycle est décrit par éduscol comme une synthèse d'équipe, et le code de l'éducation exclut toute compensation entre domaines.

Pour la construction de la grille elle-même, l'article Construire un barème de correction clair et défendable détaille la méthode.

Le bilan de fin de cycle, un travail d'équipe

Selon la fiche éduscol sur la maîtrise du socle aux cycles 2, 3 et 4, le positionnement de fin de cycle ne résulte pas d'une évaluation spécifique. C'est une synthèse du suivi régulier, établie par l'équipe à partir des avis des différents professeurs. Le niveau 3 correspond au niveau attendu en fin de cycle, le niveau 4 va au-delà.

La page éduscol sur le socle (janvier 2026) laisse les modalités d'évaluation en cours de cycle à l'appréciation des équipes, avec le conseil pédagogique au collège, et demande un bilan au moins en fin de cycle. Sans accord minimal, chaque discipline risque de positionner les composantes selon sa propre logique.

Pour cette année : une démarche tenable

  1. Vérifier en équipe ce qui est attendu pour chaque niveau : note ou autre positionnement en 6e, 5e et 4e, note obligatoire en 3e, bilans de fin de cycle en 6e et en 3e.
  2. Retenir pour chaque évaluation quelques critères observables, en s'aidant des repères éduscol du cycle 4.
  3. Annoncer les critères avant l'évaluation et les laisser visibles sur la copie rendue.
  4. Si une note est nécessaire, décider ensemble d'une règle de conversion et l'expliquer aux élèves et aux familles.
  5. Préparer le bilan de fin de cycle comme une synthèse d'équipe, pas comme un calcul.

Rien de tout cela n'oblige à choisir entre notes et compétences. Il s'agit surtout de rendre lisible, pour l'élève, ce qu'il sait faire et ce qui lui reste à travailler.

Sources

  1. Décret n° 2015-372 du 31 mars 2015 relatif au socle commun de connaissances, de compétences et de culture, Légifrance, 2015-03-31
  2. Code de l'éducation, articles D122-1 à D122-3 et annexe (socle commun), version en vigueur au 13 septembre 2026, Légifrance, 2026-09-13
  3. Projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture (CSP), Ministère de l'Éducation nationale, 2025-04-10
  4. Arrêté du 10 avril 2025 modifiant l'arrêté du 31 décembre 2015 fixant le contenu du livret scolaire, Légifrance, 2025-04-10
  5. Collège : les bilans, éduscol, Ministère de l'Éducation nationale, 2026-02
  6. Code de l'éducation, article D331-25, Légifrance, 2021-07-21
  7. Arrêté du 31 décembre 2015 relatif aux modalités d'attribution du DNB, version 2017-2025, Légifrance, 2017-11-30
  8. Arrêté du 31 décembre 2015 relatif aux modalités d'attribution du DNB, version consolidée, Légifrance, 2026-09-13
  9. Modalités d'attribution du diplôme national du brevet, éduscol, Ministère de l'Éducation nationale, 2026-01
  10. Modalités d'attribution du diplôme national du brevet à compter de la session 2026 (note de service du 2-9-2025), Bulletin officiel, Ministère de l'Éducation nationale, 2025-09-04
  11. Mémento : Évaluer les élèves de 3e dans le cadre des nouvelles modalités d'attribution du DNB, éduscol, Ministère de l'Éducation nationale, 2025-12
  12. Conférence de consensus « L'évaluation en classe, au service de l'apprentissage des élèves » : recommandations du jury, Cnesco (Cnam), 2023-03
  13. Compétences du socle, cycle 4 : éléments pour l'appréciation du niveau de maîtrise satisfaisant en fin de cycle 4, éduscol, Ministère de l'Éducation nationale, 2016-10
  14. Principes d'action pour évaluer les acquis des élèves, éduscol, Ministère de l'Éducation nationale, 2016
  15. Évaluer la maîtrise du socle commun aux cycles 2, 3 et 4, éduscol, Ministère de l'Éducation nationale, 2016
  16. Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, éduscol, Ministère de l'Éducation nationale, 2026-01